La soupe de grand-mère - Mary Kildare
Mary Kildare

Bonjour, je suis Mary. J’ai passé la grande majeure partie de ma vie dans les hôpitaux. Aujourd’hui, je profite d’une pré-retraite. De par la nature de mon travail qui était très prenant 10 mois par année, je n’avais pas vraiment l’occasion de passer beaucoup de temps sur un ordinateur. Bien entendu, je veux dire du temps pour moi seule. Donc aujourd’hui, je vais reprendre le temps perdu et vous parler un peu de moi, de ma vie et de mes rêves. Je vous souhaite de bonnes lectures en ma compagnie !

La soupe de grand-mère

La soupe de grand-mère - Mary Kildare

Pour ma grand-mère, une bonne soupe ne pouvait se passer de beurre. Dans son assiette, elle en mettait un morceau si gros, que je le comparais à un bloc de glace dérivant dans une mer de lave en fusion. Le bol fumant était empli d’un liquide rouge, dont la couleur venait de la quantité de tomates que mon aïeule mettait généreusement dans ce plat. J’avais essayé de reproduire cette soupe qui avait le goût de mon enfance, mais je n’y étais jamais arrivée. Sur le réseau social où j’interviens, une cousine qui était au repos complet, suite à une augmentation mammaire, me parla de cette même recette. Elle  lista les ingrédients qu’elle y mettait, mais elle reconnaissait qu’elle ne parvenait pas, elle non plus, au résultat qu’elle escomptait. Elle avait mentionné une herbe aromatique que je n’avais jamais encore essayée dans ce plat. Le persil devait être haché finement, et mis en petite quantité. Je signalais à ma cousine, que, pour ma part, je mettais du céleri, mais juste une branche, pour parfumer.

Je fis une soupe le soir même, pour tester la recette agrémentée de persil. J’en avais un pot sur le rebord de ma fenêtre qui voisinait celui du thym, et un autre où de la sauge débordait. Elle n’est pas facile à contenir, cette plante, une fois qu’elle se plaît. Je la laisse monter en fleurs, l’été, car j’apprécie de voir mon petit balcon fleuri, même si je sais que les inflorescences ne sont pour rien dans l’odeur de cette aromatique. J’avais tous les légumes, mais il me manquait un peu de poivre. Je vis, en pleine préparation, que ma poivrière était vide. Je me préparais à sortir, j’en étais à fermer ma porte, quand mon voisin de palier fit son apparition. Il est si silencieux, que je ne l’entends jamais arriver, et qu’il me fit sursauter, encore une fois.

Je lui expliquais la raison de mon départ précipité, et il me proposa de me donner ce qui me manquait. Cette charmante attention m’alla droit au cœur, et je le conviais à venir partager avec moi mon repas. Il vint une heure après. Comment avait-il pu trouver une excellente bouteille de vin, et un joli bouquet en si peu de temps ? Je me le demande encore. Le goût de ma soupe était exactement celui que j’avais gardé en mémoire toutes ces années. Mon invité était un homme discret, et il me laissa prolonger ce moment d’intense sérénité. Il était le compagnon idéal pour cet instant.