Une évidence amère - Mary Kildare
Mary Kildare

Bonjour, je suis Mary. J’ai passé la grande majeure partie de ma vie dans les hôpitaux. Aujourd’hui, je profite d’une pré-retraite. De par la nature de mon travail qui était très prenant 10 mois par année, je n’avais pas vraiment l’occasion de passer beaucoup de temps sur un ordinateur. Bien entendu, je veux dire du temps pour moi seule. Donc aujourd’hui, je vais reprendre le temps perdu et vous parler un peu de moi, de ma vie et de mes rêves. Je vous souhaite de bonnes lectures en ma compagnie !

Une évidence amère

Une évidence amère - Mary Kildare

J’allais rendre visite à une amie que je n’avais pas vue depuis des années. Le temps ayant fait son devoir après une rancune qui n’avait plus de raison d’être, j’achetais pour l’occasion de nos retrouvailles quelques douceurs. Des chocolats en particulier. Lorsque je sonnais, je lançais un regard directement sur le jardin arrière où l’on pouvait voir une partie, dès la porte d’entrée. Mon amie y était. Je la voyais se diriger vers l’intérieur de sa maison en jetant un œil vers moi. La porte s’ouvrait de suite, sa mère me saluait en premier. Si le temps avait fait le nécessaire pour nous réconcilier, il avait tout de même porté sa marque sur les deux femmes que je revenais voir. En entrant, je comprenais que je ne pouvais plus me permettre d’avoir la même aisance qu’autrefois. Même si je ressentais une certaine joie, et même, une certaine paix de me revoir, je sentais bien que quelque chose s’était passée qui fasse que ma personne était devenue étrangère. La mère qui, auparavant, était une femme très active, s’asseyait sur une chaise et ne faisait que regarder vers l’extérieur en laissant le temps lui prendre ses derniers moments.

Alors que nous discutions de tout et de rien en évitant de se remémorer le passé, je regardais la mère qui faisait un petit tour dans le jardin et qui venait se rasseoir sur sa chaise à l’intérieur en regardant le ciel. Je me disais au fond de moi-même que cela était bien dommage de finir ainsi. Je m’approchais d’elle et lui demandais pourquoi elle ne restait pas à l’extérieur dans le jardin pour respirer l’air frais. Elle me souriait comme on sourit aux bêtas qui posent de mauvaises questions. La qualite de l air Montréal n’est plus ce qu’elle était ! Me répondit-elle sur un ton presque nostalgique. Elle se tourna de nouveau vers sa fenêtre feignant de me dire qu’elle n’avait pas envie d’être dérangée. Cela doit être terrible de sentir sa vieillesse et de n’avoir aucune alternative pour combattre son poids. Je retournais discuter avec mon amie qui finissait par me souligner que l’état de sa mère était probablement ce qui nous pendait au nez. Certains se plient aux évidences sans sourciller. Je décidais fermement dans mon esprit de ne jamais céder à me laisser aller devenir un légume. Nous sommes pourtant arrivés à une époque, où il nous est encore possible d’offrir aux générations qui nous suivent bien plus que cela.